RSCA 1 – Arrêt cardiaque en pré hospitalier, patient BPCO

Aujourd’hui, nous sommes le vendredi 10 janvier 2014, il est 17h. Nous sommes aux urgences de l’hôpital de Longjumeau.

Un homme a été installé au box numéro 5. Il s’appelle Monsieur D, il a 63 ans. Son motif de consultation est le suivant : « Dyspnée avec désaturation <90% ».

En entrant dans le box, on peut découvrir un monsieur qui explique consulter aux urgences parce que depuis le nouvel an soit une dizaine de jours, il a quelques difficultés à respirer. Il tousse, il crache « assez sales », plus que d’habitude.

En l’interrogeant sur ses antécédents, il n’a pas l’air très préoccupé par sa santé. Il sait vaguement qu’il est hypertendu et dit prendre un traitement pour cela mais ne connaît ni le nom, ni la posologie. Il fume depuis l’âge de 17 ans environ 1 paquet par jour. Il est probablement BPCO et il est d’ailleurs étonnant qu’il n’ait jamais eu de bilan pour cela.

Concernant l’épisode récent, il n’a évidemment pas pris sa température mais dit ne pas avoir eu de frissons. Il tousse simplement davantage que d’habitude avec des crachats plus importants et plus sales qu’à l’accoutumée.

A l’examen, rien de particulier en dehors de quelques ronchis et sibilants à l’auscultation. Il a 89% de saturation en air ambiant. Un bilan est demandé avec NFS, CRP, ionogramme sanguin, antigénuries, radiographie de thorax, gazs du sang, enzymes cardiaques.

L’état du patient n’est finalement pas très inquiétant, il paraît stable et le pronostic vital ne semble pas engagé. Il s’agit très probablement d’un épisode de bronchite asthmatiforme chez un homme qui présente surement une BPCO non explorée à ce jour.
L’infirmière lui fait des aérosols puis débute une oxygénothérapie aux lunettes pour qu’il ait une saturation un peu plus haute, aux alentours de 92%. Compte tenu du fait qu’il est très probablement BPCO et donc hypercapnique de base du fait des nombreuses années de tabagisme, il est important de ne pas majorer sa capnie en lui mettant un débit d’oxygène trop important.

Les résultats des examens arrivent. Tout est normal en dehors d’un syndrome inflammatoire modéré avec 15 000 leucocytes et une CRP à 30. Rien d’autre.
Le diagnostic est confirmé. L’infirmière débute l’antibiothérapie et une dose de Solumédrol.

Entre temps, la femme du patient ramène un semblant de dossier médical dans une pochette. A l’intérieur se trouve une enveloppe fermée avec une inscription manuscrite dessus indiquant « Mr le pneumologue ». C’est un courrier écrit il y a 2 ans par le médecin traitant de mon patient, qui avait tenté à plusieurs reprises d’après sa femme, de l’orienter vers un spécialiste pour faire le point sur son tabagisme. Sans succès.

Pendant que l’infirmière s’occupe d’administrer les médicaments prescrits, l ‘équipe médical se charge d’appeler le service de pneumologie de Longjumeau pour savoir s’ils disposent d’une place pour ce patient. En effet, il paraît plus judicieux de le faire hospitaliser quelques jours pour le traiter et lui organiser un bilan un peu plus complet comprenant entre autres des EFR.

L’infirmière interpelle les médecins pour les prévenir que « Monsieur D » a chuté un peu sa saturation en oxygène, passant de 92% sous 2L à 88%. L’oxygénothérapie est majorée à 4L et des gaz du sang sont reprélevés.

Trente secondes après, l’infirmière revient paniquée car elle vient de trouver le patient inconscient. Le scope indique un tracé d’asystolie.

Automatiquement « Monsieur D » est sorti du box pour le mettre juste en face, dans la salle de déchocage. Il se passe à peine quinze secondes, le patient est poussé sur son brancard en urgences, passant devant sa femme effarée par la situation. Une infirmière lui indique d’attendre en box de consultation.

La réanimation commence, un plan dur est placé sous le patient, le massage cardiaque débute. Le réanimateur prépare un plateau d’intubation. L’adrénaline passe, le temps aussi…

Au bout de 20 minutes, le cœur du patient repart, il a un pouls.

Différentes interrogations se posent au sujet de l’arrêt de ce patient : Un choc septique ? Il n’avait pourtant qu’un syndrome inflammatoire biologique modéré. Un infarctus ? L’ECG per critique ne montre aucun signe. Une embolie pulmonaire ? Une tamponnade ? Le cardiologue descendu en urgence lui fait une échographie qui s’avère normale. Un choc anaphylactique ? Le patient n’avait aucun rash cutané, pas d’œdème, pas de bronchospasme, pas d’allergie connue. Un arrêt hypoxique ? Le patient avait plus de 85% de saturation au moment de l’arrêt.

Après 5 minutes d’activité, le patient s’arrête une deuxième fois. Nouvelle asystolie.

Le massage cardiaque est repris. Au bout d’une dizaine de minutes, il repart.
Etant donné que tout arrêt cardiaque doit bénéficier d’une coronarographie, ne disposant pas de ce plateau technique sur l’hôpital de Longjumeau, le patient est transféré à Cochin en réanimation, avec l’aide du SAMU pour le transport.

Une fois à Cochin, le patient bénéficie d’une coronarographie à Cochin qui s’avère être normale. Egalement, un angioscanner réalisé ne retrouve pas d’embolie pulmonaire.

Le réanimateur local pense que le patient a fait une détresse respiratoire sur une étiologie virale. Un bilan de grippe est d’ailleurs envoyé. Le patient est dialysé car son rein a souffert pendant la réanimation.

Vers le 25 janvier, soit une quinzaine de jours après, Monsieur D sort de l’hôpital, en pleine forme, sans séquelles, avec comme conclusion « Syndrome de détresse respiratoire avec arrêt cardiaque par hypoxémie dans un contexte de grippe maligne ».

 

 

I – Urgence : Arrêt cardiaque pré hospitalier
II – Continuité, suivi, coordination des soins intrahospitalier
III – Dépistage, prévention individuelle : BPCO
IV – Implication des patients BPCO dans leur pathologie

I – Urgence : Arrêt cardiaque

L’arrêt cardio-respiratoire (AC) est défini comme l’interruption brutale de la circulation et de la ventilation.
Le pronostic des AC dépend de la rapidité avec laquelle une circulation spontanée est rétablie. Un enchaînement très rapide des secours permet d’atteindre cet objectif, il constitue la chaîne de survie dont chaque maillon représente une pièce indispensable à l’établissement du pronostic.

Le premier maillon est représenté par l’alerte précoce, permettant à la fois l’envoi du moyen le plus proche et le mieux adapté. En France, ce maillon est représenté par l’appel au 15, numéro de téléphone unique du SAMU départemental. Le deuxième maillon est constitué par la mise en oeuvre immédiate de la réanimation cardiopulmonaire de base (RCP) par les témoins. Le troisième maillon est celui de la défibrillation précoce. Il permet une amélioration nette de la survie des patients présentant un AC par fibrillation ventriculaire (FV). La FV inopinée est la cause la plus fréquente d’AC en préhospitalier. Le quatrième maillon est constitué par la réanimation spécialisée réalisée par les équipes des SAMU/SMUR et par les équipes de réanimation intrahospitalières.

1) Réanimation cardio-pulmonaire de base
Il est indispensable pour tout témoin de confirmer le diagnostic d’AC par la disparition de toute réactivité à tout stimulus nociceptif, l’apparition d’un trouble majeur de la conscience, et la disparition de tout mouvement ventilatoire ou la présence d’une ventilation anarchique (gasps). La prise du pouls carotidien n‘est pas un élément indispensable au diagnostic. En effet, plusieurs études ont démontré l’absence de fiabilité de la prise du pouls et la perte de temps engendrée par sa réalisation. Ensuite, le témoin demande de l’aide de proximité et appelle ou fait appeler le 15 ; puis il débute la réanimation respiratoire par la vérification de la liberté des voies aériennes. Celle-ci est assurée par l’ablation de tout corps étranger, ou débris endobuccaux sous le contrôle de la vue et par la bascule de la tête en arrière avec surélévation du menton en l’absence de suspicion de traumatisme du rachis cervical. S’il existe une suspicion de traumatisme du rachis, le respect de l’axe tête-cou-tronc impose la réalisation exclusive d’une subluxation mandibulaire.
Si l’absence de ventilation persiste, une ventilation d’urgence par bouche-à bouche est débutée par 2 insufflations (1 seconde / insufflation). Le volume d’air à insuffler doit permettre au thorax de se soulever. Dès l’arrivée de secouristes professionnels, une ventilation avec un masque relié à un ballon auto-remplisseur muni d’un sac réservoir relié à une source d’oxygène doit être instaurée. Le volume à insuffler est de 400-600 ml, il permet une ventilation suffisante en limitant le risque d’inhalation du liquide gastrique.
Un massage cardiaque externe (MCE) est associé à la ventilation. Le MCE est réalisé sur une victime allongée sur un plan dur. Les mains sont positionnées au milieu du thorax, sur le sternum, sur la ligne intermamelonnaire. Une dépression sternale de 4 à 5 cm, à une fréquence de 100 par minute permet d’optimiser le MCE. Le rapport MCE/ventilation pour les adultes est fixé à 30 compressions pour 2 insuflations jusqu’à l’intubation, pour un comme pour deux sauveteurs. Même réalisée, avec une technique rigoureuse, l’efficacité du MCE est relative, en comparaison du débit cardiaque généré par la circulation spontanée.

2) La défibrillation
Le but de la défibrillation est de dépolariser une masse critique du myocarde permettant la reprise d’une activité coordonnée en interrompant ainsi les circuits de réentrées. Le succès de la défibrillation dépend de sa rapidité, le taux de survivants parmi les patients présentant une FV décroit de 7 à 10 % par minute de retard à la défibrillation. Ainsi, toute FV détectée doit être choquée le plus rapidement possible. Cette notion est à l’origine du développement des défibrillateurs semi-automatiques (DSA) auprès des équipes de secouristes. Ce défibrillateur contrairement aux défibrillateurs manuels ne nécessite pas d’interprétation du rythme cardiaque par l’utilisateur. En effet, il comporte un ordinateur qui, à la fois, reconnaît la FV ou ses équivalents, commande, si nécessaire, la charge des condensateurs, et donne des instructions vocales précises pour la réalisation de la défibrillation ou la poursuite de la RCP. En France, les DSA peuvent être utilisés par des secouristes ayant reçu une formation spécifique. Dès l’arrivée auprès d’une victime supposée en FV ou TV sans pouls, une RCP de base (MCE/ ventilations) doit être débutée pendant que les électrodes autocollantes sont positionnées sur le thorax : l’une sous la clavicule le long du bord droit du sternum, l’autre à la gauche du sein gauche au niveau de la ligne axillaire moyenne. Le défibrillateur doit être chargé à l’énergie souhaitée. Celle ci est prédéfini pour les DSA en fonction du type d’ondes délivrées et correspond à une énergie comprise entre 150 et 200 Joules. Une fois le premier choc délivré, 2 minutes de RCP de base sont entrepris. Si le premier choc a été inefficace l’énergie du 2ème choc et des chocs suivants est de 200J. Entre chaque choc, 2 minutes de RCP sont systématiquement effectuées.

La prise du pouls carotidien ne doit être réalisé que s’il existe un changement de rythme cardiaque sur le moniteur compatible avec une reprise d’activité cardiaque spontanée (RACS).
Une des innovations récentes de la défibrillation a été de mettre à la disposition du public, des défibrillateurs automatisés (soit des DSA, soit des débibrillateurs entièrement automatisés), afin de réduire le délai entre la survenue de l’AC et celle de la défibrillation.

II – Continuité, suivi, coordination des soins intrahospitaliers

L’arrivée d’une équipe médicale impose l’analyse du rythme cardiaque qui va guider la RC. Schématiquement, on distingue deux types de tracé :
• les fibrillations ventriculaires (FV) et les tachycardies ventriculaires sans pouls, dont la prise en charge est centrée sur la défibrillation,
• les autres rythmes sans pouls correspondant à l’asystole, aux dissociations électromécaniques pour lesquelles seule la RCP est utile.

1) La réanimation respiratoire

L’intubation endotrachéale est la méthode de référence pour assurer le contrôle des voies aériennes avec une sécurité maximale. Elle est réalisée sans anesthésie et après une oxygénation par ventilation au masque et au ballon auto remplisseur. La confirmation de la bonne position de la sonde repose sur l’association de plusieurs techniques : la vision directe au cours de la laryngoscopie, l’expansion thoracique bilatérale, l’auscultation thoracique et abdominale, l’apparition d’une condensation dans une sonde transparente.

2) La réanimation circulatoire

La pose d’un accès veineux est un des premiers gestes à réaliser après la défibrillation et l’intubation. Ce geste doit être rapide et ne doit en aucun cas retarder la RCP et notamment, la défibrillation d’une FV. La voie veineuse périphérique est la voie préconisée en première intention car peu iatrogène et d’accès facile. Les solutés de perfusion utilisés pour maintenir la voie veineuse et véhiculer les médicaments injectés sont avant tout les cristalloïdes isotoniques, tel que le NaCl à 9 ‰. Les solutés glucosés sont interdits en raison d’un possible effet délétère de l’hyperglycémie sur le pronostic neurologique. Le remplissage vasculaire au cours de la réanimation est modéré, sauf en cas d’hypovolémie responsable de l’AC, il s’agit alors d’un traitement étiologique.

3) Les vasoconstricteurs

L’adrénaline agit par son effet  adrénergique. Elle augmente la pression télédiastolique de l’aorte, qui est le déterminant de la circulation coronaire, et améliore le débit sanguin cérébral. L’adrénaline est indiquée en cas d’asystole, de rythme sans pouls, et de FV ou de TV après inefficacité de la défibrillation. La dose recommandée est un de 1 mg en bolus toutes les 3 à 5 minutes. En cas d’asystole persistante, la dose recommandée peut être augmentée à 3 ou 5 mg.

4) Les anti arythmiques

L’amiodarone est un antiarythmique ayant une action à la fois au niveau auriculaire et ventriculaire. L’administration en bolus de 300 mg, suivies de réinjections de 150 mg (sans dépasser 2g/j) améliore la survie des AC, sans induire d’hypotension artérielle après la RACS. Elle est donc indiquée, en lieu et place de la lidocaine, pour prévenir la récidive des TV ou FV ou en cas de TV ou de FV réfractaire. En effet, l’efficacité de la lidocaine dans l’AC n’a jamais été confirmée par des études cliniques.

5) Pronostic

En l’absence d’une prise en charge efficace, les chances de survie des patients présentant un AC en dehors de l’hôpital sont très faibles (de l’ordre de 3 à 5%). Seule la mise en place d’une « chaîne de survie » efficace peut améliorer considérablement ce pronostic. L’arrêt de la réanimation pose un problème difficile. Les règles de conduite quant à la décision de l’interruption d’une RCP doivent prendre en compte les circonstances de survenue, l’organisation des premiers gestes de secours, et le contexte lié au patient et à son environnement. L’absence de reprise d’activité cardiaque après 30 minutes de réanimation spécialisée chez un patient en asystole alors que l’ensemble des gestes de réanimation ont été réalisés correctement et vérifiés, ne laisse aucune chance de survie.
Une information concise mais claire sur la réanimation entreprise et les décisions prises doit être donnée à la famille. En cas d’échec de la réanimation, une assistance éventuelle médicale et administrative auprès de la famille fait partie de la prise en charge globale de l’AC et ne doit pas être négligée. Cette relation avec la famille est du domaine médical, elle fait partie du droit à l’information. Elle doit être effectuée par un médecin expérimenté.

6) Article scientifique : « Conséquences neurologiques post arrêt cardiaque : Où en sommes-nous ? »

Il s’agit d’un article publié dans les annales françaises d’anesthésie et de réanimation en février 2014.
La prise en charge de patients réanimés avec succès d’un arrêt cardiaque extrahospitalier représente une part d’activité de plus en plus importante en réanimation, grâce notamment aux progrès réalisés en matière d’éducation du grand publique pour la réanimation cardiopulmonaire et la diffusion des défibrillateurs semi-automatiques. Cependant, le pronostic reste sombre et seulement une faible proportion de ces patients réanimés avec succès sortiront de l’hôpital sans séquelle neurologique majeure et retrouveront leur état neurologique antérieur. Les séquelles neurologiques sont dominées par les troubles de la conscience, mais peuvent également se présenter sous la forme de crises convulsives, d’état de mal épileptique et d’autres formes de mouvements anormaux comme les myoclonies post-anoxiques. Dans les cas les plus sévères, le coma est irréversible ou évolue vers un état pauci-relationnel, un état végétatif ou la mort encéphalique. Ces séquelles lourdes représentent la principale cause de mortalité et de handicap chez ces patients. Actuellement, l’hypothermie thérapeutique est le seul traitement ayant démontré son efficacité pour la diminution des séquelles neurologiques et l’amélioration du pronostic. Prédire l’évolution neurologique est toujours actuellement basée sur une évaluation neurologique clinique rigoureuse, associée aux explorations neurophysiologiques, mais l’imagerie fonctionnelle cérébrale pourrait devenir un outil pertinent à l’avenir. Les études s’intéressant particulièrement aux survivants doivent être soutenues afin d’évaluer le devenir à moyen et long termes de ces patients et l’impact des nouvelles stratégies thérapeutiques.

III – Dépistage, prévention individuelle : BPCO

1) Penser à la BPCO

Les professionnels de santé doivent penser à la BPCO y compris chez l’adulte jeune et poser la question des facteurs de risque : au premier rang desquels figure le tabagisme et notamment :
– chez l’homme, plus de 20 paquets/années
– chez la femme, plus de 15 paquets/années,
– associé ou non à l’inhalation de cannabis,
– incluant le tabagisme passif ;
Mais également une exposition professionnelle ou domestique à des toxiques ou des irritants : silice, poussières de charbon, poussières végétales et de moisissures (nécessité de demander l’avis du médecin du travail en cas de doute).

Les circonstances de découverte peuvent être : le suivi d’une bronchite chronique, l’apparition d’un des symptômes de la BPCO ou une exacerbation, identifiés par le médecin ou par d’autres professionnels : pharmacien, infirmier(e), kinésithérapeute.
Le diagnostic doit être évoqué devant :
– un seul de ces signes : toux et expectoration chronique (> 2-3 mois), dyspnée persistante, progressive, apparaissant ou s’aggravant à l’exercice ou au décours d’une bronchite ;
– un adulte exposé à un facteur de risque décrit ci-dessus ;
– une diminution du débit expiratoire de pointe ou du VEMS.

2) Faire le diagnostic

Le diagnostic de BPCO repose sur la mise en évidence du trouble ventilatoire obstructif par une exploration fonctionnelle respiratoire avec mesure des débits et des volumes (spirométrie) : rapport VEMS/CVF < 70 % après administration d’un bronchodilatateur.

La réalisation des épreuves fonctionnelles respiratoires doit répondre aux critères de qualité d’exécution recommandés.

3) Éliminer les autres diagnostics

La recherche d’un cancer, d’une anomalie cardiaque, pulmonaire ou pleurale nécessite une radiographie de thorax systématique.
Une insuffisance cardiaque doit être évoquée devant la seule dyspnée.
La tuberculose sera évoquée chez les terrains à risque.
Le diagnostic différentiel avec un asthme peut être difficile

4) Compléter l’évaluation initiale

a) Évaluer la sévérité de la maladie :

– la sévérité de l’obstruction bronchique selon le VEMS : stade I à IV ;
– l’incapacité : dyspnée ou intolérance à l’exercice à coter selon l’échelle MMRC ; les gaz du sang seront réalisés en cas de dyspnée ou d’un stade obstructif III ou IV ;
– le handicap : réduction des activités sociales en rapport avec l’altération de l’état de santé ;
– le nombre d’exacerbations par an.

b) Rechercher des complications

– dénutrition : poids (calcul de l’IMC) et évolution pondérale, appétit ;
– anxiété ou dépression en lien avec la maladie.

c) Rechercher des comorbidités fréquemment associées

– pathologies cardio-vasculaires (présentes chez 30 % des patients ayant une BPCO) : éléments cliniques, ECG, si besoin avis d’un cardiologue et/ou échographie si signes de cœur pulmonaire chronique ou si signes évocateurs d’insuffisance ventriculaire droite ;
– en cas de doute sur une pathologie associée, une tomodensitométrie thoracique peut être indiquée ;
– anémie (NFS);
– syndrome d’apnée du sommeil.

d) Demande d’admission en ALD, elle s’effectue :

– selon les critères d’admission en vigueur (décrets n° 2011-74-75-77 du 19 janvier 2011 et n° 2011-726 du 24 juin 2011) ;
– avec l’accord du patient.

5) Demander l’avis du pneumologue dans les situations suivantes :

– Pour confirmer le diagnostic si nécessaire.
– En cas de suspicion de forme sévère (évaluation de la gravité par le score BODE)
– Pour réaliser des examens non systématiques avant traitement, selon l’histoire de la maladie et le tableau clinique :
o pléthysmographie : recherche d’une distension, de lésions emphysémateuses, d’un syndrome restrictif associé et si nécessaire dans le cadre de l’évaluation précédant la mise en place d’une réhabilitation respiratoire
o test d’exercice : test de marche de 6 minutes si dyspnée stade 3 ou 4 de l’échelle MMRC, épreuve d’exercice maximal cardiorespiratoire notamment avant indication d’une réhabilitation respiratoire ;
o oxymétrie nocturne ;
o dosage de l’α 1 antitrypsine si forme d’emphysème évocatrice d’un déficit ;
o endoscopie bronchique selon les symptômes et le contexte clinique ou radiologique ;
o enregistrement polygraphique ou polysomnographique si suspicion d’un syndrome d’apnée du sommeil associé.

6) Article scientifique : « Prévention des exacerbations de BPCO »

Il s’agit d’un article publié dans la revue des maladies respiratoires en Juin 2012.

Les exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont une cause de souffrance pour les patients et une charge pour la société. Leur prévention constitue un enjeu individuel et collectif. Cet article issu des travaux d’un groupe d’experts réunis en mai 2011 vise à mettre en exergue leur importance.
En l’absence de critère facilement quantifiable, la définition des exacerbations varie dans la littérature, rendant leur identification difficile et influençant les résultats des études. Les exacerbations augmentent la mortalité, le risque de maladie cardiovasculaire et la survenue d’exacerbations. Elles accélèrent le déclin du VEMS, et contribuent à diminuer la masse musculaire. Elles handicapent le patient et dégradent sa qualité de vie en limitant ses activités physiques quotidiennes et favorisant l’anxiété et la dépression. Elles sont causes d’absentéisme au travail. Leur coût représente environ 60 % du coût de la BPCO.
Une identification précoce avec des critères simples, éventuellement associés à des phénotypes particuliers de patients, pourrait permettre de mieux les prévenir et éviter les hospitalisations.
Les exacerbations ne doivent pas être banalisées ni prises à la légère, en raison de leur impact immédiat et différé. Leur prévention est un enjeu fondamental.

IV – Implication des patients BPCO dans leur pathologie

L’implication du patient dans sa prise en charge sera favorisée en lui délivrant lors de toute rencontre une information adaptée et en s’accordant avec lui sur les éléments prioritaires de la stratégie thérapeutique à mettre en œuvre, tout en tenant compte de ses demandes et attentes.

1) Annonce du diagnostic

L’annonce du diagnostic est différente selon le stade de la maladie. Elle est faite par le médecin généraliste ou le pneumologue qui se tiendront informés du contenu de leur communication avec le patient.

Il est important d’annoncer le diagnostic dès le stade précoce. Dans tous les cas, il faut expliquer le nom de la maladie BPCO. Il est nécessaire d’informer le patient que la maladie peut affecter d’autres organes.

Aux stades léger, modéré et sévère (I, II ou III), le sevrage tabagique, le respect d’une bonne hygiène de vie (exercice physique), le suivi et l’adhésion aux traitements sont présentés comme essentiels car pouvant limiter les conséquences fonctionnelles de la maladie.

Au stade de BPCO sévère et très sévère (stade III et IV) et/ou comportant d’autres éléments de sévérité, l’annonce par le pneumologue peut nécessiter une consultation dédiée ; à la demande du patient, elle peut être partagée avec une personne de son choix. Le médecin généraliste sera informé de cette consultation d’annonce.

2) Évaluation des besoins du patient, élaboration du programme personnalisé de soins et orientation de la prise en charge

L’évaluation des besoins du patient porte sur :
– la persistance ou l’arrêt du tabagisme ;
– le retentissement de la dyspnée et des autres symptômes sur les activités quotidiennes, sociales et professionnelles ;
– ses attentes, ses motivations au changement ;
– ses capacités à modifier son mode de vie ;
– les freins à une prise en charge efficace (psychologiques, sociaux) ;

Les modalités de prise en charge et de suivi : Après évaluation initiale et annonce du diagnostic, la prise en charge thérapeutique et les modalités de suivi sont définies et discutées avec le patient. Elles aboutissent à la rédaction d’un programme personnalisé de soins.

Un programme personnalisé de soins est proposé qui comprend, en fonction de la clinique et de la situation familiale et sociale du patient :
– Les objectifs prioritaires et les actions à mettre en œuvre pour une prise en charge de qualité de la BPCO et de ses facteurs de risque
– Les objectifs et modalités de prise en charge des comorbidités ;
– La planification de l’intervention éventuelle d’autres professionnels ;
– La mise en place de l’ALD au stade d’insuffisance respiratoire chronique (IRC) grave selon les critères médicaux d’admission en vigueur

À l’issue de la consultation, des documents comportant des informations et des conseils peuvent être remis au patient.

 

Sources :

– Département d’Anesthésie Réanimation et SAMU de Paris, Hôpital Necker Enfants Malades)
– Société française d’anesthésie réanimation
– Haute autorité sanitaire – Référentiel sur la BPCO 2012
– « Prévention des exacerbations de BPCO », revue des maladies respiratoires, juin 2012
– « Conséquences neurologiques post arrêt cardiaque : Où en sommes-nous ? », Annales françaises d’anesthésie et de réanimation, février 2014.